journal permanent | 25 mars 2013

lundi 25 mars 2013, par sebmenard

Cette discussion quand on dit c’est à cause sans doute du prix des choses qu’on peut pas qu’on ne peut plus cette discussion là — ces mots-là quand on dit ça comment on va faire alors.


Je note dans le fichier qui me sert de journal permanent pour 25 janvier 2013 les choses suivantes :
- imprimer feuille pour M.
- préparer les feuilles de suivi pour J.
- répondre à J.
- répondre à la banque
- répondre à E.
- mettre en ligne les derniers trucs préparés
- vérifier le compte.


Le passage durant lequel Andrzej Stasiuk décrit Răşinari est particulièrement troublant — tout d’abord parce qu’il fait tout à fait écho — non — il rejoint tout à fait la perception que j’ai eu moi-même de ce village — combien de fois suis-je passé à Răşinari — je ne sais plus — et ce n’est pas Emile Cioran — je n’ai jamais lu Émile Cioran — mais je lirai un jour Émile Cioran — mais c’est cela très exactement — la première fois que j’ai vu Răşinari c’était les bêtes qui descendait de la montagne sans doute — ce que raconte Andrzej Stasiuk lui aussi — et surtout ce sentiment cette conscience de l’existence qui vous attrape tout à coup alors.

Quelques jours plus tard, nous avions pu assister au retour des pâturages le soir. Par la route de Păltiniş, dans les rayons rouges du soleil, avançaient des centaines de vaches et de chèvres. La chaleur et la puanteur se répandaient au-dessus des troupeaux. En tête marchaient les vaches grises aux larges cornes. Les gens restaient immobiles à l’entrée de leurs fermes et attendaient. Tout se déroulaient en silence, sans cri, sans empressement. Les animaux se détachaient du troupeau et rentraient dans leurs enclos. Ils disparaissaient dans la pénombre des cours ombragées, et les battants sculptés des portes se refermaient derrière eux de façon presque humaine. Les énormes buffles brillaient comme du métal noir. Pour un pas de buffle, il en fallait un et demi de vache. Ils étaient monstrueux et diaboliques. Leurs mufles poilus rappelaient une lascive et lointaine mythologie. Les chèvres trottaient à petit pas à l’arrière. La bigarrure luttait à qui mieux mieux avec la mobilité. Une puanteur de bouc planait au-dessus du troupeau étiré. L’asphalte luisait d’éclaboussures de vaches.

Un peu plus loin :

Aucun miracle n’aura lieu, m’étais-je dit en passant la première Dans mon rétroviseur je voyais des arrières-trains se balancer. Il n’y avait plus de mouches et les queues pendaient, inoccupées. Tout cela devra disparaître pour pouvoir survivre ne serait-ce qu’à l’état rudimentaire. Les nations « inférieures et plus petites » vivent avec leurs animaux et c’est avec eux qu’elles voudraient être sauvées. Elles aimeraient être considérées avec leurs troupeaux, car elles ne possèdent pas grand chose de plus. Le profond bleu marine des yeux des bêtes est comme le miroir dans lequel nous pouvons nous voir en tant que viande animée, dotée néanmoins d’une sorte de grâce.

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C’est assez étonnant car sur son site François Bon note dans son journal photo ceci à propos d’une traversée du Maroc en train :

Parce que ce rapport au temps et à la terre était celui que je connaissais autour de moi dans mon enfance ? Parce que cette harmonie de l’homme et de la terre, même dans la pénibilité et la pauvreté ou l’humilité des tâches paysannes, nous reste pour chacun comme une utopie perdue ? Ce qui me surprend, c’est la façon dont ces silhouettes occupent le paysage rural indépendamment d’éventuels chemins ou routes ou concentrations d’habitations.

Quelques victoires elles sont infimes mais magnifiques :
- l’un d’entre eux me dit qu’il fera la liste des groupes qu’il écoute parce que c’est cela qui le décrit le mieux
- une autre elle dit ça peut prendre beaucoup de temps écrire mais quand ça commence on ne s’arrête plus.


Sinon dans un dernier coup de mises en ligne je finis des voix parlent (encore) dans le noir.

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