Avec le sac sur le dos

mercredi 16 mars 2011, par sebmenard

seconde version

Avec le sac [1] et il est bien fermé et tu as un second sac là contre toi — et dans ce sac tu as un ordinateur et cet ordinateur est là ouvert devant toi dans le train — il y a une page de traitement de texte elle est ouverte et tu regardes quoi tu ne sais pas où vont tes yeux (...)]] sur le dos – le bruit du train la chaleur du soleil à travers la vitre [2] – ta tête elle-même contre la vitre elle cogne [3] un peu – les deux heures qu’il faut entre la petite ville et le grand aéroport [4] – les trajets que tu construis en toi – ceux que tu tapes sur le clavier de ton ordinateur – celui que fait ton corps — ce que tu vois à travers la vitre — ce que ton appareil photo [5] ne garde pas.


première version

avec le sac sur le dos (1) – le bruit du train (2) la chaleur du soleil à travers la vitre (3) – ta tête elle-même contre la vitre elle cogne un peu (4) – les deux heures qu’il faut entre la petite ville en province et le grand aéroport (5) – les trajets que tu construis en toi – ceux que tu tapes sur le clavier de ton ordinateur – celui que fait ton corps - ce que tu vois à travers la vitre - ce que ton appareil photo ne garde pas (6).

1. tu as déjà fait une liste des différents objets enfermés là dans ce sac - et tu l’as posé ce jour-là dans le train et il est bien fermé et tu as un second sac là contre toi - et dans ce sac tu as un ordinateur et cet ordinateur est là ouvert devant toi dans le train - il y a une page de traitement de texte elle est ouverte et tu regardes quoi tu ne sais pas où vont tes yeux

2. tu as les oreilles sourdes ce jour-là tu as les oreilles bien serrées sur quels mondes et tu ne dis rien et tu entends peu - ça reste comme un grondement dans le corps

3. le soleil sur la vitre du train et la musique dans les écouteurs de l’iPod les avions tous flottilles Le Mans Paris le train à travers les champs tous jaunes blés

4. tu as pleuré en fait - et tu ne sais pas vraiment - tu n’as pas peur de dire que tu as pleuré - c’est une façon de parler quand ça suffit pas les mots - et tu ne sais pas vraiment pourquoi tu pleures - tout va bien monsieur il dit - et tu es là - vraiment là

5. les champs les éoliennes les langues de bitume l’autoroute les bagnoles qui filent de chaque côté les tunnels noir noir noir - puis blanc et noir noir noir - la pression dans le wagon

6. ça faisait plus d’un an que tu ne faisais plus de photo avec celui-ci - tu n’y touchais pas trop - tu l’avais laissé de côté - et rien pour expliquer pourquoi - tu avais claqué une série de pellicules avant de partir - mais tu n’avais rien développé - tu ne savais pas que ton objectif était foutu - le vieux 50mm c’était une passoire - tu l’avais là devant toi - tu as pensé faire une série de photographies comme ça - par la fenêtre du train - mais tu n’as rien fait - tu as regardé le paysage sans rien dire - la musique à fond dans les écouteurs - tes photographies seront pour la plupart marquées par des voiles blancs - tu as cru t’être trompé au développement - qu’il y avait un trou dans les draps du labo - mais c’est sûr - c’était ton objectif - le 50mm - celui que tu préfères - mais ça ne te gène pas vraiment - aujourd’hui - les photos ne sont pas foutues - elles disent bien l’essentiel - tu avais bossé dans les champs en plus du taf et de la fac pour payer le billet d’avion et le loyer de la maison à Ramallah - tu n’avais pas racheté d’appareil - tu étais toujours avec ce vieux Fujica usé - le même que celui du père - et des objectifs récupérés (7).

7. et la poussière sur les négatifs et la poussière sur le bitume dans le ciel bleu bleu de Ramallah les étoiles.

Notes

[1] (...) tu as déjà fait une liste des différents objets enfermés là dans ce sac — et tu l’as posé ce jour-là dans le train [[(...) tu as les oreilles sourdes ce jour-là tu as les oreilles bien serrées sur quels mondes — et tu ne dis rien et tu entends peu — ça reste comme un grondement dans le corps (...)

[2] (...) le soleil sur la vitre du train et la musique dans les écouteurs les avions tous flottilles le train à travers les champs tous jaunes blés (...)

[3] (...) tu as pleuré en fait — et tu ne sais pas vraiment — tu n’as pas peur de dire que tu as pleuré — c’est une façon de parler quand ça suffit pas les mots — et tu ne sais pas vraiment pourquoi tu pleures — tout va bien monsieur il dit — et tu es là — vraiment là — et tout va bien (...)

[4] (...) les champs les éoliennes les langues de bitume l’autoroute les bagnoles qui filent de chaque côté les tunnels noir noir noir — puis blanc et noir noir noir — la pression dans le wagon (...)

[5] (...) ça faisait plus d’un an que tu ne faisais plus de photo avec celui-ci — tu n’y touchais pas trop — tu l’avais laissé de côté — et rien pour expliquer pourquoi — tu avais claqué une série de pellicules avant de partir — mais tu n’avais rien développé — tu ne savais pas que ton objectif était foutu — le vieux 50mm c’était une passoire — tu as pensé faire une série de photographies comme ça — par la fenêtre du train — mais tu n’as rien fait — tu as regardé le paysage sans rien dire - la musique à fond dans les écouteurs — tes photographies seront pour la plupart marquées par des voiles blancs — tu as cru t’être trompé au développement — qu’il y avait un trou dans les draps du labo — mais c’est sûr — c’était ton objectif — le 50mm — mais ça ne te gène pas vraiment — aujourd’hui — les photos ne sont pas foutues — elles disent bien l’essentiel — tu avais bossé dans les champs en plus du taf et de la fac pour payer le billet d’avion et le loyer de la maison à Ramallah — tu n’avais pas racheté d’appareil — tu étais toujours avec ce vieux Fujica usé — le même que celui du père — et de vieux objectifs récupérés (...)

(...) et la poussière sur les négatifs et la poussière sur le bitume dans le ciel bleu bleu de Ramallah les étoiles (...)

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