journal permanent | 17 octobre 2013

jeudi 17 octobre 2013, par sebmenard

Dans cet article Mahigan Lepage cause de Nicolas Bouvier — j’ai très peu lu Nicolas Bouvier (L’Usage du monde rien de plus) (d’autres attendent) — et c’est une dimension que je n’avais pas imaginée ou même vraiment saisie : Bouvier l’écrivain dans la lenteur :

Ce qui frappe chaque fois, quand on rouvre Bouvier : combien c’est écrit. Même que ça dérange un peu, au début : on se sent plus d’affinité avec des proses comme celle de Kerouac, rapide, désinvolte, très imparfaite. Bouvier est bien plus lent. Sa folie est autre. Il n’a pas écrit L’usage du monde en trois semaines au retour de voyage. Il a mis des années à accoucher de ce livre.

et surtout Bouvier l’écrivain immobile :

Dans la chambre qu’ils occupent, Thierry a ménagé un espace pour que Nicolas puisse écrire. Mais écrire ne l’intéresse pas : « Être arrivé à X me suffisait pour plusieurs jours. » L’écriture n’est pas nécessaire dans ces conditions. Et qu’il ait perdu son manuscrit écrit en route (en fait, pas vraiment en route, plutôt pendant le long arrêt d’hiver : Bouvier n’écrit pas en route), je veux y voir une sorte de destin : n’est permise à celui-là que l’écriture immobile.

Le soir elle est épuisée et elle dit qu’elle n’a plus de force — c’est le travail — en sirotant et en parlant de hachoir à viande je lui dis qu’il faut absolument lire le poème du hachoir à viande et de sa transmission de Roger Lahu et qu’il faut aussi lire tous les autres poèmes de ce bouquin — puis je lui dis que sans ce livre et surtout sans ce monsieur : territoires immenses que je n’aurais peut-être pas découverts.

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