J’ai un texte là

dimanche 12 octobre 2014, par sebmenard

J’ai un texte là.

Un texte là.

Tout près.

Et il y aurait des pluies.

Ça commencerait comme ça :

et sur le toit les pluies s’écroulaient qui signaient l’automne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai un texte là — tout près.

C’est le blues.

C’est le blues de l’automne c’est le blues.

C’est le jazz des pluies d’octobre — c’est le jazz c’est la fin d’une saison c’est une page — des routes qu’on dessine à la main sur des cartes en attendant. C’est le jazz des soirées sombres c’est le jazz de la mer Égée c’est le poème du mot bouzouki en attendant le souffle des vents du Caucase.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai un texte là — qui raconte l’histoire d’une langue d’un trait de langue d’une folie — et ça commencerait sous les pluies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est le blues des flottes et les types dansent sous l’eau et on entend le bruit de leurs bottes dans les flaques — et on entend un feu — des voix chaudes dans les eaux fraîches. C’est le jazz des flammes humides et des doigts qui pincent des cordes en suant — là devant les flammes disent leurs mots de flammes c’est le poèmes des soirs comme ça.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai un texte là tout près — ça parle des feux qui dansent et des types qui restent à l’abri sous des toits en bois.

J’ai un texte là tout près — ce serait l’histoire d’un type Ionel il s’appelle — et on entendrait des voix chanter son nom dans la nuit — tout autour des flammes écran rouge orange.

J’ai un texte là tout près — c’est le jazz des gouttes de novembre c’est le blues des ombres ivres — j’ai un texte là tout près c’est le jazz des hivers qu’on attend c’est le blues des feux qu’on regarde tenir dans la nuit — j’ai la langue là qui parle qui a son break tout là — et c’est le jazz des nuits des matins tôt c’est quelque chose comme ça. Un autre jour c’est un poème de plusieurs centaines de pages — un riddim à faire trembler c’est le blues des vendanges des fruits de l’année — c’est la petite histoire des fruits mûrs et des premières journées fraîches et humides. J’ai un texte là tout près c’est le jazz dingue de nos corps chancelants — c’est nos tremblées nos virées nos nuits douces et sauvages — c’est le saxophone des herbes humides des pas qu’on écoute dans le noir — la trompette des fleurs qu’on entend filer dans la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai un texte là.

J’ai un texte là.

J’ai un texte là tout près.

Et il y aurait des pluies.

Ça finirait comme ça :

et sur nos peaux s’écroulaient les pluies qui goutaient des arbres et des abris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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