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Alors on irait chercher la bête en nous

mardi 23 décembre 2014, par sebmenard

Alors — on organiserait des fêtes


et elles porteraient des noms


imprononçables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On allumerait des feux de camp — des braseros des torches et des lampes-tempêtes.

On switcherait des amplificateurs — des fours à bois — des lampes à huile — des transformateurs.

On allumerait nos bouches nos corps et nos souffles — 
on allumerait tout
dans la poussière
et la sueur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce serait le temps d’une nuit — mais on verrait sa fin de nos yeux — déterminés. On transformerait un champ en dancing décadent — on prendrait une salle des fêtes pour en faire un happening de quelques heures — d’un parking pour bagnoles on ferait le parquet des rêves des danseurs et des tendresses. Dans une vieille bâtisse on construirait un rade pour nos soiffées nos histoires — sous la charpente on poserait des guirlandes des enceintes et des poèmes — entre les murs des types chanteraient des histoires et des cris — derrière les fenêtres on entendrait le son du cuivre qui dit sa note et qui sue.

Alors — on irait chercher la bête en nous.

On irait tirer de nos tripes la bête enfouie — la bête cachée — la bête à poils — on prendrait nos costumes des grands rêves et des soirs bleus Danube — on porterait nos peaux de bêtes nos poils et nos douceurs — on n’aurait peur de rien — le temps d’une nuit on n’aurait peur de rien — on serait là pour les corps — les poèmes — et le chant des cordes qu’on frotte encore tard comme une dernière fois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On irait chercher l’animal tapi là — l’animal blotti là — l’animal assis là — et tout doucement on ne saurait plus — qui est la bête — qui est l’animal — qui danse et qui tendrement écrit le poème de nos peaux. On se demanderait peut-être pourquoi on cherche de bonnes raisons à nos nuits nos mots — on se demanderait peut-être au nom de quelle douceur on avait toujours voulu soulever la nuit — pousser des portes sans serrure — et se faire trembler tard. Ensuite — on écrirait le poème de nos nuits — le poème de nos nuits douces et franches — le poème de nos nuits chaudes et flammes — le poème de nos nuits dingues et tendres — ce serait le poème de nos corps et des rythmes — ce serait le poème de nos suées de nos amours et des yeux qui brillent — ce serait le poème de ceux qui sont encore debout — ce serait l’histoire des murs qui s’écroulent — des plaines qu’on épuise et des larmes chaudes qui nous font tenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard — on écouterait les ours hurler dans le noir — on écouterait les loups — on écouterait les bêtes — on serait à l’affût du moindre de leurs souffles de chacun de leurs bruits. On prendrait note — comme pour mieux les imiter — comme pour mieux se glisser — là — dans leurs peaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À un moment précis — l’une de ces bêtes — au détour d’un bois par exemple — entre deux routes ou dans un coin de ce poème — derrière un feu peut-être — l’une de ces bêtes nous dirait sa vérité — toute sa vérité — et ça ferait quelque chose comme ça :

y’a pas de raison
y’a pas de raison pour qu’on écrive des histoires d’ours douces et tendres
y’a pas de raison pour qu’ils gardent les mots rien que pour eux
y’a pas de raison

On n’aurait pas même le temps d’une question rien — et dans un dernier câlin — tout s’enfuirait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors

on serait seul

on serait seul pour écouter la nuit — son souffle — son cri — nos mondes — nos langues — on serait seul avec notre histoire de bête enfouie de bête tapie — et on serait prêt à soulever la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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