Traité des poussières | 41

mardi 13 septembre 2016, par sebmenard

Souvenir d’un séjour chez les Grojdiblav :

Les Grojdiblav se nourrissent parfois de poussière. C’est de l’or disent-ils. Ils se roulent dedans. C’est pour la peau. Jeunes, ils courent dans la poussière, tracent des îles avec des morceaux de bois sur le sol. Plus vieux, ils dansent pieds nus dans la poussière. Ils dessinent toujours leurs plans dans le jaune ocre des chemins, des champs, des cours de leurs maisonnées. La poussière est partout chez les Grojdiblav. Elle sent les légumes, les vendanges et l’huile de vidange. Elle a le goût des soleils continentaux et des eaux de source. Les Grojdiblav construisent leurs maisons de cette poussière. Ils cultivent cette poussière comme on écoute pousser des laitues, des choux, des tubercules. Une nuit, j’ai dormi dans le lit d’une maison Grojdiblav. Les draps sentaient la poussière. Passer une main sur le mur faisait tomber un fin nuage de poussière. Les tapis étaient imprégnés de cette poussière. Tout sentait bon. Le sommeil, cette nuit-là, était magnifique, étoilé. Des rêves poussières.

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