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Michaux, Henri | Ecuador

jeudi 1er décembre 2016, par sebmenard

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Tempête. Le bateau tremble fort.

M. me demande avec un apparent détachement à quelle distance extrême les mouettes peuvent voler. Trois cent cinquante kilomètres ? On a vu les dernières hier matin.

Il me semble que je ne suis pas parfaitement à l’aise non plus.  »

p.15

 « À deux heures p.m.

Le moteur s’est arrêté. On a été pris dans les lames. On a été bord sur bord, à croire qu’on allait être renversé. Les officiers étaient inquiets. Moi, ça m’a remis tout à fait. Très bien, Atlantique, tu sais secouer, et te montrer grand. »

p.15

 « On aura parcouru quatre mille milles et on n’aura rien vu. Un peu de houle, une grosse houle, des embruns, quelques vagues qui déferlent, des paquets d’eau à l’avant, une tempête même et quelques poissons volants ; en un mot : rien ! rien ! »

p. 17

« 1er février 1928

Non, je l’ai déjà dit ailleurs. Cette terre est rincée de son exotisme. Si dans cent ans, nous n’avons pas obtenu d’être en relation avec une autre planète (mais nous y arriverons) l’humanité est perdue. (Ou alors l’intérieur de la terre ?) Il n’y a plus moyen de vivre, nous éclatons, nous faisons la guerre, nous faisons tout mal, nous n’en pouvons plus de rester sur cette écorce. Nous souffrons mortellement ; de la dimension, de l’avenir de la dimension dont nous sommes privés, maintenant que nous avons fait à satiété le tour de la terre.

(Ces réflexions, je le sais, suffiront à me faire mépriser comme un esprit de quatrième ordre. »

p.35


Michaux, Henri, 1968, Ecuador, Gallimard.

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