Je

dimanche 19 février 2017, par sebmenard

Je — suis animal & bête & poils & te le dis dis-moi tout en échange, Je — suis animal & résonne & ronronne & même râle de temps à autre Je — suis animal, constitué à quatre-vingt-dix pour-cent de flotte, d’eau tiède, de liquides, Je — suis cette bête qui aime traverser les rivières, les chemins, les frontières & les prairies Je — ne sais rien, oublis tout, ouvre les yeux, renifle, et goûte Je — suis animal & cette génération poussière dit que nous serons bêtes & sauvages & et caetera Je — suis animal, et cherche abri, cherche vivres, cherche bois, cherche flotte, Je — suis animal incohérent, inconsistant, non-conscient, sentant Je — suis cette petite bête à poil, fragile Je — raconte des histoires de bête, de loup, d’ours, de cheval, mouvement, galop, piste, trace, tanière et Je — n’en mangerai, n’en mangerai pas, ne sais pas, ne sais plus, n’ai jamais su, c’est à ça qu’on les reconnaît, Je — suis animal, me répète, urgemment, « à tout’bout’d’champ », et résonne, et raisonne, un peu, un tout petit peu, un micro-peu Je — préfère laisser passer les plus faibles, les plus fatigués, usés, cassés, qu’ils marchent devant, donnent le rythme, la cadence Je — dis n’importe quoi, dans la rapidité, dans cet état, de poésie, et d’urgence, et parfois, parfois j’ai peur, je tremble, et j’imagine, je devine, j’entrevois, qu’un poème, ne changera rien peut-être, c’est vrai, je l’accorde, je suis animal, mais un quelque chose ce poème qui nous poussera, rassure-moi, un peu plus loin.

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