Accueil du site > Carnets | SebMénard > La réserve > Van der Linde, Irene et Segers, Nicole | Gens des confins

Van der Linde, Irene et Segers, Nicole | Gens des confins

dimanche 19 mars 2017, par SebMénard

 “ Leur petit terrain a aidé les gens à combattre le communisme. « Cela a été très dur, même ici », commente Boilean. Le pays fut contraint à la collectivisation ; ceux qui ne collaboraient pas partaient en prison. « Mais notre région est montagneuse, c’est pourquoi il s’avéra impossible dans bien des endroits de créer de grosses fermes d’État. Nombreux étaient les gens qui possédaient un petit lopin, et il existait un marché où nous allions vendre nos produits. C4est la raison pour laquelle nous avions notre propre système monétaire. Notre résistance à nous était de nature économique. » Ceauşescu essaya bien de s’approprier l’argent « libre » des Maramureş dans les années quatre-vingt. « Il n’est pas parvenu à nous briser, poursuit Boilean. Nous avons gardé notre fierté grâce à nos traditions. Nous autres des Maramureş sommes des gens libres, avec un esprit libre.“

p. 307

“Au col de Prislop dans les Carpates, des bergers gardent leurs moutons dans les replis du rideau de velours. Ils sont venus de toutes les vallées et ds villages pour trouver la fraîcheur durant les mois d’été. De l’autre côté de la chaîne de montagnes se trouve la Bucovine — la partie septentrionale de l’ancienne principauté de Moldavie. Dans les vertes vallées de la Bucovine, les monastères orthodoxes fortifiés des XVe et XVIe siècle témoignent avec leurs murailles de la guerre séculaire des orthodoxes contre les Tatars et les Trucs musulmans.“

p. 326

“Nous nous frayons un chemin entre les cimetières abandonnés jusqu’à la mer Noire. Je me déchausse pour sentir le sable entre mes orteils. Le sable le plus fin de toute la côte, assure-t-on à Sulina. apporté par le Danube. Je vais m’asseoir au bord de l’eau et brusquement, je me sens délestée du poids des frontières. Enfin plus de pays voisins, finis les gardes-frontières, le fil de fer barbelé, les conflits, les petits drames et les grands. Rien d’autre que la mer, le lointain. Un mer infinie. Voici une légèreté dont les frontières entre pays sont dépourvues. Même s’il n’y a que deux poteaux, l’un en face de l’autre dans un pré : il suffit que quelqu’un proclame qu’une frontière passe entre les deux, et tout ce qui est de l’autre côté devient alors étranger, depuis les gens jusqu’aux brins d’herbe. Et la frontière impose sa présence, avec ses tensions et ses émotions. La mer apporte de l’oxygène. Un petit groupe d’enfants arrive en courant et saute entre les vagues. Ils retroussent de leur mieux leurs habits, s’éclaboussent les uns les autres jusqu’à en être trempés.“

p. 350


Van der Linde, Irene et Segers, Nicole, 2010, Gens des confins, sur la frontière orientale de l’Europe, Éditions Noir sur Blanc. Traduction : Catherine Martin-Gevers.

SPIP | squelette | | soutenir les auteurs | ISSN 2495-6910 | Suivre la vie du site RSS 2.0