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Dubost, Jean-Pascal | Terreferme

mardi 4 juillet 2017, par sebmenard

 « Nous avons enfilé des bottes et nous
marchons dans la boue, ça ne nous gêne
pas, nous nous accompagnons d’un refrain
et d’images d’une enfance collée aux bottes
maculées de bouse et de boue du
grand-père, et nous songeons aux
chercheurs d’or de l’ouest américain et aux
chercheurs de vers de terre ainsi qu’aux
abstracteurs de quinte essence aussi à la
belle boue molle giclant entre les orteils et
au garde-boue couvert de boue du premier
bicloun avec lequel nous ne faisions pas le
clown pour nous identifier à Poupou, à
l’humique boue de la forêt de Brocéliande
et à la boue tourbeuse des landes
irlandaises qui couvrirent nos chaussures
de marche et par conséquence aux souliers
d’une fantaisie rimbaldienne, ainsi qu’aux
fiançailles sonores par paronymie,
homonymie et homophonie que le mot seul
suscite et qui font grâces à l’oreille et nous
mettent l’eau à la bouche et revenir au
babil de bébé bibi, ainsi que forcément une
pensée va au limon dont nous issîmes et à
nos rêveries et craintes cosmologiques, au
bain de boue de la rêverie fœtale et à la mer
de boue dans laquelle nous nous sommes
rêvé nager, de même une autre pour notre
goût du compost et à la boue fertile de terre
et du pissat et crottin d’une mule, à l’odeur
de bonne boue de ferme et aux fins
d’automnes, d’hivers et de printemps
normands trempés d’une boue qu’on aime
et loue, actif paresseux que nous sommes,
est-ce donc cela qui, dans le chemin
bourbeux qu’on emprunte en méditant,
après avoir travaillé sur l’ordinateur
pendant deux heures, un soir, derrière
l’ancienne barre d’ouvriers transformée
en alignée de chambres d’hôtes, qui fait
naître en nous le mot « bouème » et
transformer le poète en
« bouète » ?……………………………. »

pp. 50-51


Dubost, Jean-Pascal, 2009, Terreferme, Le Dé bleu.

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