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Rigoni Stern, Mario l Le livre des animaux

vendredi 7 juillet 2017, par SebMénard

 « Qu’est-il en train de se passer chez les insectes maintenant que les interventions de l’homme — qui les combat de puis plus de trente ans — ont provoqué de profonds changements dans leur univers ? Même s’ils vive d’un pôle de la terre à l’autre, il est désormais certain que le DDT et autres insecticides aux formules chimiques compliquées ont profondément altéré la vie, et peut-être même la structure, de cette classe d’arthropodes. Actuellement on en dénombre huit cent mille espèces, mais qui sait combien d’autres restent à découvrir si, comme l’affirment les entomologistes, on en répertorie chaque année au moins dix mille nouvelles.

(…)

Quoi qu’il en soit il y a au moins une chose dont nous devons être certains, c’est que sans eux notre terre deviendrait un désert sinistre. Qui assurerait la pollinisation des fleurs ? Qui favoriserait le processus de décomposition, phénomène indispensable à la vie ? Et de quoi se nourriraient quantité d’autres espèces animales, oiseaux et poissons ? Et la lutte contre certains insectes qui deviendraient dominants, entraînant des conséquences incalculables sur le système écologique, par qui serait-elle assurée s’il n’y avait pas d’autres catégories d’insectes ?

(…)

Inventerons-nous des poisons plus puissants pour écarter de nous le bourdonnement d’une mouche particulièrement agaçante ? Ou pour ne pas voir de scolopendre dans une cave ? Mais jusqu’à quel point, peut-on se demander, les autres êtres vivants, des végétaux à l’homme, seront-ils capables de résister à ces poisons ? Nous avons l’exemple de Seveso, et celui de l’analyse du lait de certaines vaches nourries avec des produits venant d’endroits bien particuliers. Bref, préférons les vieux attrape-mouches à la glu ou les pièges à vinaigre aux bombes d’insecticide dont on a découvert après coup qu’elles diffusaient des substances cancérigènes (mais voyons, elles faisaient crever les mouches qui sont fichtrement embêtantes ! ).

Pour ma part, autour de ma maison, (et je vis entre un bois et un pré) où les insectes règnent en souverains, je me suis assuré, avec les flatteries opportunes, la présence d’oiseaux insectivores, et je laisse vivre les araignées, les orvets et les crapauds. De mouches, à vrai dire, j’en ai vu très peu cette année, bien que je sois à deux pas des vaches qui viennent paître jusque sous mes fenêtres et des animaux de la basse-cour.

Mais j’ai également observé d’autres choses : il y a quarante ans, chez nous, certains oiseaux, les étourneaux par exemple, qui étaient seulement de passage, sont devenus sédentaires, ils nidifient et résistent aux très longs et très rudes hivers ; or je suis convaincu que c’est dû au fait qu’ici on n’utilise pas, ou très peu, d’insecticides, de désherbants ou de pesticides, et qu eles oiseaux peuvent se nourrir sans avaler les poisons qu’ils seraient obligés d’ingérer avec les insectes et les grains s’ils vivaient dans la plaine. »

pp. 62-65


Rigoni Stern, Mario, 1990, traduit de l’italien par Monique Baccelli, 1999, La Fosse aux ours.

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