Griot, Fred | Book 0

lundi 14 août 2017, par SebMénard

 « (…)

des jours. le long de la mer. la tête soufflée. des jours. marcher. marcher.

jusqu’à seul. crevé. toujours. le soir. épuisé. échoué dans une bicoque. juste la petite fenêtre éclairée. dans le noir. dans le vent. le long de la mer. et après. ensuite. demain. à nouveau. marcher. marcher. marcher encore le long de la mer.

(…) »

 

 

 

p. 41

 « il fait gris. d’un grand gris de canard. d’un froid de loup. gris. le ciel est gris. est tout près d’être gris. gris et fermé. l’automne est tout près. l’automne avec le jour qui recule. le jour qui s’en va tôt à l’heure de l’apéro d’été. qui s’en va tôt dans un moins de lumière et de chaleur. qui s’en va tôt dans une ruine d’arbres roux. de mousses. d’écureuils. et de nuages froids comme des loups. j’aime ça. cette froideur de loup. cette avancée de la nuit de plus en plus grande dans le jour à pas de loup. ce grand frais qui rampe jour en jour dans le roux. cette face de la terre moins éclairée. cette face de la terre plus entrée dans ce froid de loup. le loup qui chasse le canard. la nuit noire qui chasse le jour de plus en plus court sur cette face de la terre. cette face de la terre de plus en plus dans l’ombre d’elle-même. cette face de la terre de plus en plus dans ce noir de canard à pas de loup. ce froid qui rampe avec la brume à ras sur la terre. ce raz qui rampe à brume froide et cette terre qui rentre dans l’ombre d’elle. le ciel est gris. le ciel est tout près. le ciel est tout près d’être gris. le ciel est ras la terre. le ciel est fait comme un rat la terre. la terre est faite d’ombre ras la terre. le ciel est fait. la terre est faite. l’ombre repousse. l’ombre repousse la lumière ras la terre. le raz d’ombre repousse la lumière à ras d’ombre ras la terre ( ) »

p. 56

 

 

 

 « (…)

ça r’brasse dans les tr’fonds r’monte à fond dans les tubes. où qu’ça souffle puissant dans les ty’yaux d’souffle et respire à fond dans l’explosion large d’une vérité d’souffle à tout et plus puis. l’explosion large d’une matière commune d’pâte et d’mo. d’rage et d’mo. d’nergie et d’charnement. d’poigne et d’souffle vraiment par où encore sort c’te matière commune de parl’spire. c’est d’la matière d’la matière commune d’la matière de lang souffle dans les tubes à flux. les tubes à respire à soufflement à ventile. d’la langue à soufflement de guttures mo. c’est du souffle commun. d’la matière commune. c’est fait avec d’la matière commune. c’est du souffle d’mo d’base. c’est de la poésie de bête. »

p. 62

 

 

 

 « (…)

j’ai vu yeux rivés rêvant
sur le grand paysage de la parole-voix-vie
yeux rivés rêvant
derrière les fenêtres des trains
filant à 300 dans le pur azur et l’or du sun
au-dessus de la stazione marittima

(…) »

pp. 92-93

 

 

 

 « après très hauts moments. l’énergie descendue. en bas. à plat. mais là aussi que ça recharge. à l’abri. à l’ombre. au creux. là aussi que ça revient au centre. à l’irréductible. arriver là. où plus possible de dire autre chose ou autrement. arriver à ce reste là. ça l’important : ce reste. à ne plus réduire. »

p. 99

 

 

 


Griot, Fred, Book 0, 2013, Dernier Télégramme.

SPIP | squelette | | soutenir les auteurs | ISSN 2495-6910 | Suivre la vie du site RSS 2.0