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Griot, Fred | Refonder

vendredi 20 octobre 2017, par SebMénard

 

 

 

 Je ne cherche pas une poésie de pensée. Ni de procédés stylistiques. Mais une poésie de vie, comme elle est faite. Une poésie de simplicité, d’élans, de mots échappés.

p. 49

 

 

 

 « décider d’exposer au jour le jour
décider d’exposer des works in progress
c’est un risque pris
risque d’étapes peu tendues
risque de changements
en cours
risque de versions en écrasant d’autres
risque de trucs machins et éclats sans place apparus puis disparaissant
risque d’exposer des trucs pas finis
pas finissables peut-être
qui vont bouger changer disparaître apparaître
se casser la gueule se planter
ou bien marcher
rouler »

p. 77

 

 

 

citant Duras

 « Écrire toute sa vie, ça apprend à écrire : ça ne sauve de rien. »

p. 89

 

 

 

 « sans doute n’y a-t-il rien de pire que de chercher à « bien dire » un txt… il y a plutôt à donner énergie, cette énergie qui fut là lorsque les mots sont montés, lorsqu’ils ont poussé à la page… cette énergie qui était là dans le corps de celui qui écrit, cette énergie d’expulsion, de débordement qui était là surgie dans son corps…
alors seulement peut-être peut-on « l’entendre », ça peut faire sens… »

p. 118

 

 

 

citant Kerouac :

 « Un art qui exprime l’esprit de l’esprit, au lieu d’exprimer l’esprit de la vie (l’idée de la vie mortelle sur terre), est un art mort. »

p. 201

 

 

 

citant Philippe Rahmy :

 « Cette survie dépend de la manière dont nous nous conformons à ce qui nous est demandé par ceux qui réduisent nos existences à l’état de formulaires. »

 

 

 

p.218

citant Henri Meschonnic :

 « Non, les mots ne sont pas faits pour désigner les choes. Ils sont là pour nous situer parmi les choses. 

Pour un poème, il faut apprendre à refuser, à travailler à toute une liste de refus. La poésie ne change que si on la refuse. Comme le monde ne change que par ceux qui le refusent. »

p. 293

 

 

 

citant Ludwig Hohl :

 « Une fois de plus, la question n’est pas : “la voix existe-t-elle ?“, mais “veux-tu la joie, oui ou non ?“ »

p. 303

 

 

 

citant Glenn Gould :

 « J’aime cette idée que la musique puisse finalement n’être que cela : un appel longue distance. On joue, on ne sait qui on appelle. On ignore qui appelle en soi. Une simple vibration de l’air entre deux lointains, une ligne bruissante joignant deux êtres dont on ne sait rien, sinon qu’ils sont perdus. »

p. 324

 

 

 

non
la poésie même amplifiée dans un spectacle n’est pas seulement un désir de spectacularisation
mais un acte.
elle n’est pas de la poésie qui se regarde poésie
mais qui vit, crève, sue, échoue, et parfois touche.
qui porte.
porte notre sens d’être là.
dans une incompréhensibilité qui est l’état même de l’univers.
pour l’homme les bêtes les plantes.
et la caillasse.
que c’est un engagement complet.
que c’est indomptable.
et indompté.

et juste ensuite, Serge Pey :

 « Mon poème n’est pas fait pour être compris mais il est fait pour comprendre. »

p. 378

 

 

 

avec tout ça, comment pourrait-elle (la poésie) être encore parole claire ? est-ce pour cela que l’on en lit peu, mais en écrit beaucoup ? et si elle n’est pas lu, cela est-il un bien grand problème ? l’important n’est-il pas d’en écrire ? de résister avec, ainsi ? et il y a là un bien grand dynamisme…

p. 389

 

 

 

 et c’est bien là que l’on sait bien que l’on recycle tout de ce que l’on a lu, pour avancer dans sa propre écriture, et que sans doute l’on n’écrit que comme ça : réutilisation, redite toujours, autrement…

p. 398

 

 

 

citant Duras :

 « Ça rend sauvage l’écriture. On rejoint une sauvagerie d’avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c’est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. On est acharné. On ne peut pas écire sans la force du corps… »

p. 516

 

 

 

c’est que nous avons cette conscience, unique probablement ou quasiment dans le règne vivant, de notre finitude… une lourde clairvoyance concernant notre devenir éphémère… or elle génère aussi la peur constitutive, l’inquiétude intrinsèque, intuitive, fondamentale, animale, consubstantielle à cette lucidité crue.

p. 521

 

 

 

presque hâte de retourner en cabane
là-bas, il me semble que je voulais moins
ici, je suis infecté de désirs.

p. 526

 

 

 

citant Bergounioux :

 « Que le temps est le premier de tous les biens et qu’il y a trente ans que je le sais. »

p. 583

 

 

 

je me pose la question depuis quelques semaines, mais non, je ferai tout mon possible pour ne pas faire un autre job qu’écrire (en plus de celui de grimpe), je vais me démerder. la prise de risque est là aussi, pas seulement vocationnele, esthétique.
quand on sait ne pas savoir faire autre chose de plus judicieux de sa vie, ne pas savoir faire mieux ailleurs, le choix ne se pose finalement tout simplement presque pas.

p. 609

 

 

 

l’un des problèmes majeurs, c’est le désir. celui tout du moins qui nous fait vouloir sans cesse autre chose que ce que nous avons déjà…

p. 652

 

 

 

citant Roberto Juarroz

 « Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi. »

p. 711

 

 

 

c’est juste la voix du dedans d’un homme que l’on entend. un homme parmi d’autres.

p. 769

 

 

 

citant Matthieu Gosztola citant Antoine Emaz :

 « La façon qu’a la poésie d’être un formidable accélérateur de conscience. Qu’est-ce que cela veut dire d’être là, maintenant, exister ? Et le poème ne répond pas à cette question, il l’acidifi ».

p. 848

 

 

 

je suis prêt désormais à prendre davantage de risques dans le domaine artistique que dans le domaine de la grimpe, par exemple… probablement (entre autres) pour la raison que, ayant souvent joué déjà avec le risque réel, vital, en grimpe, celui pris dans le domaine artisitque me paraît du coup moindre, de moindre tragique conséquence… tout autant “engagé“ mais moins “exposé“ si l’on reprend les termes de montagnes.

p. 905

 

 

 

citant Confucius, trouvé chez Noël :

 « Notre plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de nous relever chaque fois. »

p. 973

 

 

 


Griot, Fred, Refonder, 2016, Dernier Télégramme.

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