Le dit du buffalo

mardi 3 juillet 2018, par SebMénard

je rumine

je rumine

je rumine mon passage
mon passage dans la peau
mon passage dans la peau d’un autre
mon tannage — mon tannage
je rumine

je rumine ma répétition
mon radotage
mon racontage
mon racontage rabouté raboté recollé couturé je le rumine

je rumine de vieilles herbes
des vieilles herbes sèches sèches
de vieilles tiges — de vieilles tiges tirées d’un lointain sec sec
et encore je rumine

je rumine et je ferme les yeux
je ferme les yeux pour être au plus près
je rumine
je rumine au plus près
je rumine sans arrêt
je suis au plus près de mon ruminement
de mon ressassement et ça continue je rumine

je rumine le souvenir
je rumine l’image
je rumine le tremblement
le tremblement à l’entrée de la vision — je rumine

je rumine ma buffalerie
ma soufflerie de bête
ma soufflerie de bête pensante
ma soufflerie de bête sentante
ma soufflerie de bête ruminée

je rumine ça
je rumine tout ça
je rumine — je rumine la traversée des frontières
la traversée des frontières par la viande de bête découpée emballée polystyrènée taxée ça je le rumine
je le rumine fort
je le rumine fort frères migrants je le rumine

alors buvez
buvez
buvez de mon lait c’est ça buvez
je ne sais que penser
de ça et je rumine
je rumine encore et je ne sais que faire
de mon ruminement

Voilà. Voilà le dit du buffalo. Ruminé. Ensuite la bête s’en est rentrée s’en est enfuie s’en fut partie dans un tendre raffut. Elle brillait. Elle brillait noire noire dans notre nuit.

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