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Fănuş, Neagu | Nomadul

mardi 10 juillet 2018, par SebMénard

« NOMADUL

On a surnommé Panait Istrati « le vagabond génial » — ainsi il demeurera inscrit dans les siècles, car son esprit ignorant les lettres de cachets, était courageux, révolté, semant tel le vent au printemps à Brăila, de la poussière verte de l’Orient, de la poussière noire des Balkans.

Il est né, sans doute sur un lit fait de planches de bateau, lorsque la lune au bord du Danube, engendre des poussins fous ; il faisait partie des hommes qui ne veulent pas mourir avant d’avoir pu tirer dix diables sous la roue ; il a revêtu le harnais de son enfance, et a appris à aimer la route et à boire uniquement le vin de l’inquiétude. Il a parcouru l’Europe, le nord de l’Afrique, le Caucase, ainsi que la partie la plus douce de l’Asie, Istanbul, maix ceux qui considèrent qu’Istrati a été un voyageur se trompent. Panait Istrati a symbolisé l’essence de millions de voyageurs à vocation : un nomade, autrement dit un vagabond traversant uniquement les blessures de la route et les aubépines du temps. Je ne sais pas si’il est resté longtemps rongé par la faim, je crois plutôt qu’elle l’a cherché sans cesse, le surprenant parfois brusquement, mais cela est une autre réalité, car son pain véritable était de voir de la lumière ramassée et de jeter un arc-en-ciel. Son corps, érodé par la maladie, n’ayant pas l’habitude de chérir le lieu où il dormait, a connu une seule servitude : le désir d’atteindre les plus fantasmagoriques sommets, de l’exaltation ou de la misère, d’être vautour ou loup, et de se fondre ensuite dans l’amour des hommes, et dans son coin d’étoile, qui était Brăila.

Je crois, car mon cœur parle, que le nomade a forgé l’écrivain Panait Istrati. »


Fănuş, Neagu, Nomadul, traduction d’Olivier Cronert, in. Éloge du village roumain, éditions de l’Aube.

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