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samedi 24 août 2019, par sebmenard

à nouveau là dans nuit venu encore tentant de — tentant quoi — dire encore redire comme il se doit dire dans la broussaille graminées graminées — la poésie n’est pas une liqueur de patates, la poésie n’est pas graminée trempée dans vodka la poésie vit nue — la poésie vit nue la poésie vibre.

(…) Face à cette précipitation irréfléchie et aliénée, poésie n’est rien d’autre que le nom d’une autre saisie du réel.

S’il y a encore et toujours de la poésie plutôt que rien, c’est, je crois, parce que ce travail de symbolisation est toujours à l’ordre du jour pour les hommes. La littérature est grande quand elle traite le Mal. Non pas quand elle le soigne, quand elle veut ou croit le soigner : on ne le soigne pas plus qu’on ne soigne le réel. Mais quand elle vise à le penser, à l’inclure dans la pensée comme un inéluctable exposant.

Je dirais même : c’est toujours déjà-disparu. Mais cette propension à disparaître de et dans l’usage social, cette façon d’incarner le disparu, de formaliser ce qui disparaît — ce qui fait trou dans l’homogénéité verbalisée de la communauté — c’est la poésie : la poésie, ça n’est peut-être que ça, au fond.
Christian Prigent, A quoi bon encore des poètes ?, éditions P.O.L.

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