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lundi 23 septembre 2019, par sebmenard

le rail l’acier la machinerie j’essaie de leur laisser la parole — même parole d’acier de machinerie j’essaie je sais de leur donner leur moment, j’attends avec doute leur moment je doute de la parole j’en doute — je doute de la parole mais à vif et vers l’ouest buvant beuvant gaz d’échappement à la recherche de quelque accord à passer avec moi-même puisqu’à chaque fois que j’ouvre la bouche — et je ne finis plus mes phrases, et je cherche j’enfonce quelque chose en dedans j’y puise — j’y puise avec une corde en chanvre à 4€ le mètre les eaux profondes, claires, de mes tripes, sans oublier : un jour je serai le repas d’autres vivants (voir plus haut) en attendant de ce côté parfois, c’est tout trouble les eaux, la vie.

D’où je m’exprime, il y a pourtant des régions de colère, de révolte et de douleur fondamentale qui demandent à se manifester de toute urgence. Mais il y a aussi un point plus ancien peut-être ou celles-ci ne sont pas encore nées, et c’est de ce point que j’ai choisi de m’exprimer pour les conjurer toutes. Jouer, alors, c’est contacter cet en-deça quand je me détourne de cette urgence-là, quand j’observe ses injonctions sans y répondre.
Lê Quan Ninh, Improviser librement, abécédaire d’une expérience, addendum 2018, La Revue des Ressources.

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