journal permanent | 28 mai 2021

vendredi 28 mai 2021, par sebmenard

 « Je suis le mot du rite, je suis le sacrifice, je suis l’offrande et l’herbe rituelle ; c’est moi qui suis la prière ; c’est moi qui suis le beurre clarifié ; je suis le feu ; je suis la libation. »
Pascal Quignard, Petits traités

Je suis la sauge sclarée, le pot en terre et l’argile humide. Je brûle de te savoir là et mes pronoms n’ont plus de voix. C’est moi le lichen lichen. Je suis la répétition. Je suis le tremblement. Je suis une autre boue.

Je suis l’eau du fleuve, je suis le limon et la vase, je suis la larve et le cadavre — c’est moi qui suis le spectre — c’est moi qui suis le fossoyeur. Je suis l’eau de source. Je suis le seau en zinc, je suis le chanvre tressée — je suis le puisard et son mouvement.

Voilà. Je nomme et vrille. Je tourne et rien. J’aligne et file. Parfois les larmes, je les observe et sait les écouter. D’autres fois les mots ils sortent c’est un moulin ma parole, du silence.

Je suis l’appel et le hurlement. C’est moi qui suis le cri, c’est mois qui suis l’hésitation. C’est moi qui suis le gimmick. C’est moi qui suis le silence. Je suis le diaphragme Je suis la lèvre et la bouche. Je suis le trou béant.

Je suis la salive et la gerçure. Je suis l’occlusive et le souffle. C’est moi qui bave et qui lèche. C’es moi qui éructe. C’est moi qui avale. Je suis la déglutition et le souffle. Je suis le dit. Je suis le satyagraha. Je n’ai pas de nom.

As-tu déjà écrit un poème en te frappant la poitrine ? L’estomac ? La glotte ? As-tu déjà écrit un poème en t’enfonçant un doigt dans la bouche ? As-tu déjà écrit un poème sans fermer les yeux ?

Mais voilà, je suis le bol à feu et le maître du bois. Je suis le bouffadou et l’allumette. C’est moi qui suis le gardien des braises. C’est moi la fumée blanche.

(…)

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