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Une chambre et un parapluie, Kafka, (virgule)

mercredi 28 mars 2012, par SebMénard

Donc il y a cette fenêtre - « Regard distrait à la fenêtre » - « La fenêtre sur la rue » - « J’ouvre grand la fenêtre, dans un jardin on joue encore de la musique - mais cela m’aide peu. » - et dans la préface de François Bon :

Ainsi cette matrice par laquelle lui-même se met en abîme : une chambre avec fenêtre sur rue, une table à écrire et un canapé pour dormir. Figure qu’on retrouvera quinze, vingt fois dans des arrangements et formats différents (...).

Donc c’est ainsi - pour qui écrire existe - lire Kafka - comprendre cette chose essentielle chez Kafka - écrire est dans l’exercice quotidien - dans Chacun porte une chambre en soi - c’est une anthologie - mais observer cela - rien qu’à travers cette anthologie on le voit : tentatives - recommencement - écrire.

Tous les extraits suivants sont tirés de la traduction de Laurent Margantin.

Chacun porte une chambre en soi

Chacun porte une chambre en soi. Ce qu’on peut vérifier en prêtant simplement l’oreille. Lorsque quelqu’un marche vite et qu’on écoute - ce peut être pendant la nuit quand tout est silencieux -, on entend par exemple le cliquetis d’un miroir mural mal fixé, ou le parapluie

A propos de cet extrait - quelques éclaircissements - on entre dans la dimension traduction : un questionnement sur ce blog - et les explications du traducteur.

Avouer que ça va parfaitement ainsi - textes qui finissent sur une virgule (développer ce point plus tard et plus long)

Il est dit qu’un doit veiller. Qu’un doit être là,

Donc une histoire de cette traduction - tout est écrit ici - bien noter l’enchaînement - l’imbrication - pour le traducteur : l’écriture d’Insulaires et de La Main de sable - l’achat d’une anthologie de textes courts et le jeu de la traduction - il faudra tenter de comprendre ce que déclenche la traduction de celui-ci - Première souffrance.

L’entreprise de traduction de Kafka - c’est aussi ça l’atelier - suivre le site Oeuvres Ouvertes pour comprendre - cette note pour éclaircir.

Des figures

Donc c’est des morceaux de journal - des morceaux de textes - des textes entiers parfois - et en dix lignes on pourrait retourner lire tout ce qu’on a déjà croisé - parce qu’il y a des basculements.

Les textes se répètent comme les motifs - il y a donc cette chambre - la fenêtre - le serpent - et puis des réflexions qui en quelques mots ouvrent des mondes entiers de réflexion - Sancho Pança (et on peut relire dix fois de suite) :

Sancho Pança, qui d’ailleurs ne s’en est jamais vanté, réussit au cours des années, aux heures du soir et de la nuit, à travers nombre de romans de chevalerie et de brigants, à si bien détourner de lui son démon auquel il donna plus tard le nom de Don Quichotte, que celui-ci accomplit sans aucune limite les actions les plus folles, lesquelles, faut d’un objet déterminé qui aurait dû être justement Sancho Pança, ne nuisirent à personne. Sancho Pança, un homme libre, suivit stoïquement Don Quichotte dans ses expéditions - peut-être en raison d’un certain sens de la responsabilité -, ce qui lui fut jusqu’à sa fin grande et utile matière à divertissement.

Il y a la suite Prométhée - troublante :

On rapporte l’histoire de Prométhée dans quatre légendes. Selon la première, il fut enchaîné dans le Caucase pour avoir trahi les dieux au profit des hommes, et les dieux envoyèrent des aigles qui dévorèrent son foie, lequel repoussait toujours. Selon la deuxième, Prométhée, souffrant des coups de bec qui le déchiquetaient, s’enfonça toujours plus profondément dans le rocher jusqu’à ne plus faire qu’un avec lui. Selon la troisième, sa trahison fut oubliée au cours des millénaires, les dieux oublièrent, les aigles, lui-même. Selon la quatrième on se fatigua de ce qui avait perdu sa raison d’être. Les dieux se fatiguèrent, les aigles se fatiguèrent, fatiguée la plaie se referma. Demeura le rocher inexplicable. – La légende essaye d’expliquer l’inexplicable. Comme elle provient d’un fond de vérité, elle doit finir dans l’inexplicable.

Et comme avec A la colonie pénitentiaire - ce quelque chose de Kafka intemporel - extrait de « Devant la loi » :

L’homme de campagne ne s’attendait pas à de telles difficultés ; la Loi doit pourtant être accessible à chacun et à chaque instant, pensa-t-il (...).

Et cette chute - ça ne dure que quelques lignes - mais c’est un récit plein de force - parce que ça va plus loin que l’image - il y a ce dépassement dingue dans les derniers mots - tout ce qui a gonflé lentement dans le texte se retrouve comme ça très simplement - comme si on nous l’avait mis dans la main et qu’on regardait ça comme une chose - et vouloir absolument y comprendre quoi :

Personne d’autre que toi ne pouvait obtenier la permission d’entrer ici, car cette entrée n’était destinée qu’à toi. Je m’en vais à présent et je ferme la porte.

A découvrir : la façon d’écrire de Kafka - techniquement parlant dans l’espace temps du quotidien - c’est à dire le moment d’écrire après quoi et où (voir cette séance que nous avions suivi à l’atelier François Bon de la BU Angers en 2010 (séance qui avait d’ailleurs donné nom à la rubrique « monstre des soupapes » de diafragm.net) :

(...) les habitudes physiques nécessaires à Kafka pour écrire : la courte phase de sommeil au retour des heures de bureau, en tout début d’après-midi, et ce qui s’en induit pour le Journal, rêve, perceptions corporelles ; le temps social de la fin d’après-midi, discussions littéraires, lectures publiques ; l’attente du soir, avec les parents qui jouent aux cartes dans la cuisine, la pièce traversée par les trois soeurs puisque celle où dort Franz en est le passage obligé. Enfin, la maisonnée endormie, quitter le canapé où il se tient assis pour se rendre à sa table.

Comprendre pas à pas comment ça peut venir ces choses-là - un mélange de rêve et de réel - une réflexion intense et des tentatives sans fin.

Ah, disait la souris, le monde devient plus étroit chaque jour. Il était d’abord si large que j’avais peur, je continuais à avancer et j’étais si heureuse de voir enfin des murs au loin, à droite et à gauche. Mais ces longs murs se rapprochent si vite que je suis déjà dans la dernière pièce, et là-bas, dans un coin, il y a le piège vers lequel je cours.

Boite noire |

Chacun porte une chambre en soi - traduction de Laurent Margantin.

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Photographies : quelques images tirées de la série en cours « l’arbre » - vue de la fenêtre à l’école - Stoicanesti - Roumanie - avoir déjà photographié plus de 70 fois cette arbre - recommencer.

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