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Leclerc, Quentin | Saccage

dimanche 17 juillet 2016, par sebmenard

Il est écrit dans le Grand Livres des hommes que le langage est notre mère à tous, qu’elle a créé les ruisseaux, les montagnes, les volcans, les carcasses, les enfants-singes, même la milice. Il y est aussi écrit qu’un être perdant le langage devient un fantôme. Rien n’est écrit sur les fantômes. Bien plus tard, quand il n’y aura plus de langage, j’imagine qu’on parlera avec les mains — et que les dirigeants au pouvoir se chargeront alors de nous les amputer.

p. 81

Elle ne retrouvera plus personne pour le supporter désormais. J’abrège et l’abats. Je me casse un doigt alors que j’éclate son crâne sur une roche. Je traîne son corps entre les bottes de paille d’une grange à proximité. Des enfants-singes ont surpris ma manœuvre. Ils patientaient silencieusement derrière les hélices immobiles du moulin d’à côté, et bavent maintenant face à la dépouille que j’abandonne. À peine aurai-je le dos tourné qu’ils se jetteront dessus. La suite ne sera connue que des quelques insectes grouillant derrière l’immense porte de bois verni. Puis des soldats découvriront les restes de la jeune femme et les répandront dans les bidons du bétail. Les vaches s’en nourriront. Les hommes aussi ensuite — il débute de cette façon, le commerce de la viande.

p. 105


Leclerc, Quentin, 2016, Saccage, Éditions de l’Ogre.

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