liste des matins

mercredi 10 avril 2013, par SebMénard

Tu t’étais réveillé sous les toits et la ville autour — la gueule contre la vitre et la chaleur dans le bus les verres en plastique les films dans une autre langue — les billets des dollars dans ses mains comme un tas et sa voix.

Tu t’étais réveillé sur la terrasse et sec sec bec ouvert la gueule — un soir après une pluie chaude et poussière les boues s’échappaient à travers le carrelage à travers les gouttières ne métal les pavés tous crasses.

Tu t’étais réveillé vers les cinq heures du matin l’odeur du mouton de la laine et le froid du désert — le froid d’un ciel en tôle ondulé — ton corps tremblait et tu ne savais rien même pas ton corps — tu dormais sur un lit en fer et sous le soleil les immeubles autour tous criblés de balles les bagnoles — sous les panneaux publicitaires l’odeur du bitume fondu sous le matelas poussière.

Tu t’étais réveillé sous le soleil chaud du Nord de la Syrie et les types en bas tapait le fer rechapaient les pneus — dans la sueur d’un hôtel bon marché porte de Damas à Jérusalem tu ne comprenais rien tu ne comprends rien tu n’as jamais rien compris.

Pleine nuit l’air chaud s’engouffrait dans les draps au loin des types chantaient dans le noir — tête vidée vrac et vrac en tout le corps ça tremblait — la nuit c’était le jour dans la ville et tous ils dormaient et tu marchais dans les rues vides et tu ne dormais pas.

Tu t’étais réveillé la gueule contre la vitre d’un train l’odeur des clopes qu’ils fument à l’arrière sans se faire voir et vers le Sud — sur le haut de la falaise le vent frais pleine gueule le bruit des vagues les oiseaux les bouteilles vides — le moteur d’une bagnole accélère au loin.

Tu t’étais réveillé la gueule contre le tissus usé poussière des sièges d’un train vers le Sud — à l’entrée d’une ville les types crient ils marchent sur les quais de gare — tu t’étais réveillé avec le soleil — tu te souviens très bien c’était un virage dans le Sud — l’Andalousie — les gosses jouaient dans les sacs plastiques au bord des rails — les types poussaient leurs valises à travers le wagon et tu ne faisais rien — tu regardais le paysage défiler — ta tête et les vibrations.

Un soir tu te réveilles et l’odeur du gasoil les klaxons des bagnoles dans un gare routière — les types sont là qui gueulent des noms de villes et tu ne comprends pas — tu charges ton sac et tu marches sur le pavé crasse et les chats filent dans le noir.

Tu t’étais réveillé sous le soleil chaud et dans l’odeur d’une casserole laissée la pleine — légumes encore chauds les mouches et la poussière — sur la terrasse d’un hôtel de la ville le dos raides raides — pas dormi la gueule les corps pleins de sueur et les pieds sur le sol dingue.

Sur le toit d’un hôtel les chants dans les minarets l’odeur des viandes qu’on grille dès le matin — couvertures poussières laissées là au soleil tes sacs et secs les monstres qui se bougent assez — sur la montagne le vent soufflait.

Tu t’étais réveillé dans la buée moite les types autour prient sur les sièges d’un bus qui traverse l’Europe — une bagnole roulait lente dans les rues d’une ville de l’est et ça sent la clope dans l’habitacle — le soleil à travers les vitres et la tête qui tape contre le frais les corps tous serrés.

Tu t’étais réveillé dans la tente à demi-montée les sapins gueule en vrac les corps nus sous l’eau froide d’une cascade — les types qui marchent autour et le goût du café soluble — sur un parking poussière le soleil sur nos gueules — sur un rond-point le train vieux convoi de fer qui file les bagnoles les gosses les ballons les vieux camions nuage noir.

Tu t’étais réveillé après la tempête les branches d’arbres autour et les sardines en boite tu avais mangé dans les chiottes et ça tremblait encore comme un orage — dans les Carpates les nuages du matin la douche froide et le cochon qu’ils égorgent — l’herbe froide et les épines des sapins la grande ville à côté tu ne l’entends pas un pneu crevé vulcanizar.

Tu t’étais réveillé raide raide.

Au bord de l’eau les types qui viennent frappes aux toiles des tentes le sel sur la peau l’herbe humide les barbelés tu ne sais pas comment dire — la chaleur absinthe les jambes encore usées d’avoir marché comme ça dans la ville — sous les sapins l’odeur d’un feu éteint — les bougies pareilles éteintes — dans la chambre bien serré tous les fantômes entassés dans un hôtel bon marché.

SPIP | squelette | | soutenir les auteurs | ISSN 2495-6910 | Suivre la vie du site RSS 2.0