journal permanent | 10 août 2017

jeudi 10 août 2017, par SebMénard

Quasiment une semaine que nous recevons des pluies quotidiennes. Un épisode de quelques jours pluvieux il y a une quinzaine de jours avait déjà rendu les plants de cornichon et concombre malades. Que va-t-il arriver aux tomates ? Aux courges ? La terre était sèche, mais il fait trop froid la nuit.


Au garage pour bosser. Bruits de rongeurs. Vent qui vente. La pluie à différents moments. La poussière du sol en terre battue. De temps à autre : quelques exercices pour redonner de la souplesse et de la réactivité à cette cheville défaillante. J’aimerais un appentis qui donne sur un terrain. Ce pourrait être un coin de maison roulante, de mini maison, de tiny-house, de cabane. Une terrasse à côté de la yourte. On avance peut-être qu’on avance.


Ai terminé ce matin la lecture de Vladimir Pajetnov, Avec les ours. L’incident arrive en fin de livre, mais je le guettais, l’attendais : un des ours meurt d’une balle, n’ayant plus peur de l’homme. Les expériences de Pajetnov montrent cela, c’est là où va le livre en fait : s’efforcer de laisser la bête sauvage, lui laisser sa peur de l’homme. Sans cette peur, elle perd les instincts sauvages qui lui permette de survivre. (Pajetnov et sa femme auront tout de même contribué à rendre à la vie sauvage des dizaines d’ours).

 « Il est rare qu’on rencontre un ours. L’animal, qui sent toujours l’homme s’approcher, déguerpit sur-le-champ. On voit alors une empreinte fraîche s’emplir d’un fin filet d’eau : à l’instant même il était là. Parfois on entend un bruissement, voire le grognement du maître des bois. Mais se trouver “nez à nez“ reste un évènement. À moins que, s’oubliant à gratter une fourmilière ou à goûter des framboises, il ne se laisse approcher. »


Emaz. Planche. Tout relu.


 « Contrairement à une idée répandue, il n’y a jamais eu beaucoup de lecteurs. J’avais connu André Bay, qui dirigeait une collection chez Stock et avait été à la revue NRF dans les années 1930. Il m’avait dit qu’ils la vendaient à 2 000 exemplaires ! La revue la plus prestigieuse de l’époque ! Avec Gide, Malraux, Claudel… On a toujours ces 2 000 lecteurs pointus. Ce que je vais dire n’est pas original, mais l’apparition, chez les jeunes, des smartphones et des tablettes a fait chuter la lecture. J’ai demandé à un jeune les raisons pour lesquelles il ne lisait pas ; sa réponse : « Ça prend trop de temps. » Sans commentaire. Je lis quatre à six livres par semaine. Je m’ennuie, sans. J’étais coincé à l’aéroport d’Istanbul il n’y a pas très longtemps : douze heures d’attente. J’ai acheté deux livres et j’ai écrit un poème. Le temps mort est vivant, ainsi. Pendant que je donne des cours, des élèves sortent subrepticement leur téléphone ! Je leur demande s’ils sont amoureux : « Non ? C’était pourtant ta seule excuse ! » (rires) Il faudrait les confisquer. À un autre, j’ai demandé : « C’est qui, le maître, ton téléphone ou toi ? » Il ne savait pas… (rires) On a baissé, côté esprit critique : on est dans une époque où on ne juge pas du propos mais de l’opinion politique de celui qui le porte : ce n’est pas juste ou faux, c’est bien ou mal en fonction de l’idéologie. À part sur quelques sujets fondamentaux, je ne m’occupe plus de ces clivages pour penser. Entre démocrates et républicains, c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Un professeur d’histoire formidable m’avait dit, élève, une chose qui m’avait marqué : « Rappelez-vous, Chaliand, que la proportion des médiocres dans les élites est la même qu’ailleurs. »

Gérard Challiand dans Ballast.

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